Publication de l'adhérent (sur le pin sylvestre)

Publié le 12 Novembre 2016

4 Photos de pins
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LE  PIN  SYLVESTRE

 

 

Le genre Pinus comprend environ 120 espèces de 2 à 5 aiguilles. Le pin sylvestre (pinus sylvestris) possède 2 aiguilles, un fût long, pouvant atteindre 30 à 40 mètres de hauteur. Une écorce couleur saumon, sur la moitié supérieure du fût permet, au premier regard, de le distinguer des autres pins.

L’aire naturelle du pin sylvestre est très étendue. En Europe elle s’étale de la péninsule ibérique jusqu’en Scandinavie. En Asie, son aire naturelle se prolonge en Turquie et jusqu’en Mandchourie.

C’est une essence frugale, souvent pionnière, de type montagnard-boréal .Elle occupe les stations où d’autres essences ont du mal à s’installer en premier. Le pin sylvestre supporte tous les types de sols, des plus secs et superficiels jusqu’aux sols tourbeux et les conditions climatiques les plus dures. Le pin sylvestre ne craint pas les gelées de printemps. Les fructifications sont abondantes et les graines légères, munies d’une ailette sont dispersées par le vent.

Une seule exigence mais fondamentale, c’est une essence de pleine lumière. Dans les stations moins extrêmes, il est concurrencé par le sapin et le hêtre, à croissance plus rapide qui profitent de l’ambiance forestière créée par le pin sylvestre.

Son aire naturelle sous des latitudes et des climats très divers, a donné naissance à des races très spécifiques. Ces races sont le fruit d’une lente évolution dans des conditions écologiques localisées géographiquement. C’est ce que l’on appelle « un écotype ».

 

Le pin sylvestre,  race d’Auvergne, en est l’exemple dans notre région « Livradois- Forez-Margeride ».C’est un bel arbre, de première grandeur, un port conique, une cime pointue peu dense, bien adaptée au risque de neige lourde. L’écorce a un aspect de peau de serpent dans sa partie inférieure ;Il pousse lentement, avec des accroissements fins, qui en font un arbre recherché en menuiserie et ébénisterie.

Dans notre région, il est apparu à la fin des glaciations quaternaires.

Dans un article précédent sur l’évolution de la forêt en Livradois-Forez, je signalais le grand intérêt que les moines de la Chaise-Dieu portaient à cette essence. Sur le plateau de Craponne, on semait de l’avoine en mélange avec des graines de pin sylvestre. On récoltait l’avoine en prenant bien garde de conserver les jeunes semis de pin sylvestre ;

Après la Grande Guerre qui a saigné nos campagnes, le pin sylvestre s’est installé en conquérant  sur les terrains agricoles les plus ingrats et délaissés.

Au titre des dommages de guerre, l’Allemagne a fourni à la France des graines de pin sylvestre de plaine. Ils ont donné des arbres tortueux avec un branchage abondant et plus étalé. Le mélange avec nos pins de belle race fut une catastrophe écologique dont nous ne cessons pas de voir les méfaits.

 

La très grande frugalité du pin sylvestre et les usages divers de son bois, en ont fait dans notre région, l’essence forestière domestique par excellence.

Jusque vers les années cinquante du siècle dernier, la sylviculture du pin sylvestre, sur les plus mauvais sols, donna lieu à un mode de traitement bien particulier « les bois de boulange »

 «… Par un procédé à la fois simple et ingénieux, les paysans sont parvenus à dompter un arbre aussi rebelle que le pin sylvestre… » Bertrand de Doue 1832, de l’aménagement et de l’exploitation des bois de pins dans la région du Puy.

Les jeunes pins, issus de semis ou transplantés,étaient « dépointés » quand ils avaient atteint une dizaine d’années et une taille de 2m à 2,50m de haut. Ces arbres vigoureux, réagissaient en développant des branches latérales. Puis environ, tous les 5 à 6 ans, on coupait les rameaux les plus vigoureux. Les branches basses « les traînasses » étaient coupées quand elles avaient atteint une certaine grosseur. On veillait à multiplier les branches bifurquées afin d’élargir la tête. Le fût se développait avec le temps, en maintes contorsions, d’où l’appellation « arbre en cor de chasse »    

Cette pratique permettait d’avoir du bois de chauffage. Les branches rassemblées en fagots alimentaient les fours des boulangers, d’où son nom « bois de boulange », mais aussi  les feux dans l’âtre des chaumières, à des époques où il y avait pénurie de bois de chauffage.

Ce mode de culture, aujourd’hui abandonnée, la nature reprend ses droits. Les branches de ses arbres en chandelier se développent verticalement.

Pour garder une trace vivante de ce passé, le Conseil Général de la Haute-Loire, avec le concours de l’Office National des Forêts (O.N.F.), s’attache à sauvegarder sur quelques sites dans le bassin du Puy, ce mode de culture. Sur les communes de Sansac- l’Eglise et de Polignac, au lieu dit « le Zouave », le département s’est porté acquéreur d’une parcelle de bois de boulange qui est mise en valeur au titre des espaces naturels sensibles.

Sue les plateaux d’Asie centrale où la pénurie de bois de chauffage est criante, il serait intéressant de développer ce mode de culture qui assure, en plus, la protection des sols contre les érosions torrentielles et éoliennes.

D’autres utilisations du pin sylvestre, un peu plus industrielles, ont offert à notre région des débouchés, dans la fin du XIXè siècle et surtout la première moitié du XXè siècle :

  • les bois de mine : les qualités de résistance physique et biologique du pin sylvestre en ont fait un matériau apprécié pour le soutènement des galeries des mines de charbon. Les houillères du bassin de la Loire et de la bordure occidentale des Monts du Livradois en ont été de grandes consommatrices. .
  • les poteaux de lignes (E.D.F. et P.T.T.) : il n’est pas nécessaire de revenir sur cette utilisation du pin sylvestre. Elle a fait l’objet, à l’initiative du GRAHLF d’une publication sur la potellerie locale.

 

Comme cela a été dit la pollution pollinique  des pins sylvestres de race d’Auvergne par d’autres provenances, peu adaptées à nos conditions climatiques, conduit, au fil du temps, à la disparition progressive des pins de belle race, élément irremplaçable de notre patrimoine. Dans les années 60,à la D.D.A.F. de la Haute-Loire, j’avais projeté un verger à graines de pins sylvestres de race d’auvergne. L’idée n’a pas, semble-t-il, été poursuivie. Si aujourd’hui, on veut encore se donner les moyens de sauvegarder cet arbre magnifique, il est encore temps. Il ne faut pas tarder, il en reste si peu.

Il est tellement beau, il a rendu de tels services, nous lui devons bien çà !!!

Dans l’antiquité, le culte du pin est antérieur à celui du chêne. Le pin, qui a capacité à pousser dans des conditions difficiles était le symbole de la Fertilité.

 

 

                                                                                           17 avril 2006

                                                                                          Jean  DI  BETTA

 

 

 Références :

  • Annales de la Société d’Agriculture, Sciences et Commerce du Puy 1832- 1833.
  • O.N.F. : Direction territoriale Auvergne et Limousin ( le pin sylvestre et autres pins) septembre 2006. …   

Rédigé par Jean DI BETTA

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MOULIN Max 12/11/2016 20:16

Merci à Jean pour cet article d'un grand intérêt.
Je fais partie de ceux qui apprécient le pin pour toutes ses qualités, j'ai toujours plaisir à le travailler à mon humble niveau. je crains toutefois que sa faible valorisation à la vente n'accélère sa quasi disparition de nos forêts de production et je crois qu'un jour on le regrettera !

Bordet Lucien 12/11/2016 08:46

Bel hommage à cet arbre qui a rempli plusieurs fonctions de production et reste un plaisir pour la vue.